222 Villes sous les projecteurs avec le plan « Action Coeur de Ville »

Cette vaste conférence ayant eu lieu lors des Assises du Centre-Ville 2019 à Pau portait sur un sujet devenu une priorité de nos concitoyens : la re-dynamisation du commerce de proximité. Un enjeu d’intérêt général autour duquel nos collectivités territoriales se mobilisent de manière globale et collective !


La matinée a débuté par une présentation, par le Préfet Rollon Mouchel-Blaisot (ex-DGS de l’association des Maires de France), des grands objectifs du dispositif Action Cœur de Ville, dont il est le directeur. « Le projet mené à Pau et à ce titre particulièrement exemplaire car il prend en compte l’ensemble des aspects portés par ce dispositif mis en place depuis 1 an : commerce, mobilité, logement, urbanisme et architecture, patrimoine, services publics, écologique, etc. Il est symbolique car il s’avère être partenarial dans le sens où il intègre des grands acteurs nationaux tels que la Cour Des Comptes, Action Logement & l’Agence Nationale de l’Amélioration de l’Habitat (ANAH). Ce projet palois arbore en plus une autre particularité qui nous est chère : il est totalement décentralisé ; ce qui signifie que, bien qu’il soit rattaché au Préfet de Département, il se base uniquement sur des besoins et solutions issues de ce territoire ».


D’une manière générale, le déploiement « d’Action Cœur de Ville » s’est avéré extrêmement rapide : 4 000 actions ont déjà été engagées pour un montant proche de 450 millions d’€. « Nous sommes en phase de décollage pour tout un ensemble d’actions qui vont perpétuellement s’enrichir. Ce plan de développement au profit des villes moyennes est un marqueur de confiance de l’Etat envers les élus et les acteurs locaux, dans une optique de reconquête des cœurs de villes. Rien n’est imposé, hormis la volonté de réenchanter en priorité les centres de villes, et endiguer un étalement urbain qui -nous le constatons à présent- s’avère insoutenable. La modernisation de logements insalubres, dans une optique écologique, est également une priorité. Pour rendre de nouveau attractif les centres-villes, « le Préfet aura notamment le pouvoir de suspendre, pendant 3 ans maximum, des projets périphériques qui porteraient atteintes à un centre-ville ». Sans pour autant chercher à privilégier un type de commerce au détriment de l’autre.

« Car au-delà des 5 milliards d’investissements public, il faut attirer -ou conforter- des financements privés, en complémentarité. L’enseignement supérieur et la formation sont d’ailleurs intégrés dans cette volonté de renforcer l’attractivité de nos territoires, avec l’enjeu que cela profite à tous. Nous nous appuyons en partie pour cela sur le CNAM ». A noter enfin que le Ministère de la Cohésion des Territoires travaille actuellement à la déclinaison du dispositif Action Cœur de Ville en faveur de centres-bourgs.

Valérie Mancret-Taylor, Directrice générale de l’ANAH (Agence Nationale de l’Habitat), a exprimé l’engagement de l’agence à hauteur d’1,2 milliard d’€. « Un milliard en aide aux travaux de logements privés, notamment énergétiques, et 200 millions d’€ en ingénierie : pour mieux connaître le patrimoine puis animer des opérations en centre-ville ». Ces montants pourront être octroyés à des bailleurs sociaux pour effectuer du locatif social ou de l’accession sociale à la propriété. En lien avec la Banque des Territoires, des postes de chargés de projets seront également financés, s’ils sont abondés par les collectivités. « Le moment est opportun car la prise de conscience est réelle ».


Frédéric Gibert, Expert centre-ville de la Banque des Territoires a rappelé que la BdT s’est engagée financièrement à hauteur de 1,7 milliard d’€.

  • 900 millions d’€ en co-investissement dans la création de sociétés foncières et autres structures de portage patrimonial. La finalité étant de permettre aux communes de porter des actifs fonciers et immobiliers de manière temporaire (« telle que « SEMA Ville à Belfort » relatif à leurs actifs commerciaux » ), ainsi que l’accompagnement de projets en lien avec des opérateurs privés (« comme à Troyes où nous soutenons la ville pour transformer l’ex-gendarmerie en un hôtel ; à Pau pour le BHNS à hydrogène ; ou à Tulle avec une chaufferie au bois »),
  • 700 millions d’€ de prêts « Action Cœur de ville », lorsque ceux-ci sont garantis par la collectivité concernée.
  • 100 0000 € en ingénierie et soutien à l’innovation.

A l’heure actuelle la BdT s’est investie dans plus de 500 projets pour 100 millions d’€ engagés dans 200 territoires. Au-delà des chiffres, ce qui est significatif c’est l’effort de mobilisation des collectivités mais aussi des opérateurs privés. Il y a un élan collectif, une dynamique qui veille à ne pas juste s’attaquer aux symptômes mais plutôt à la totalité des causes du problème [Pour rappel des 5 axes du programme « Action Cœur de ville » : réhabilitation – restructuration de l’habitat en centre-ville / développement économique & commercial équilibré / accessibilité, mobilité & connexions / mise en valeur de l’espace public & du patrimoine / accès aux équipements & aux services publics]. Il faut cependant avoir conscience qu’il faudra généralement plus d’un mandat pour que cela porte ses fruits. C’est ce qu’a bien compris Niort en construisant un projet sur 15 à 20 ans. Ceci en acceptant de s’engager sur des voix exploratoires comme celles du numérique, d’innovation sociale, …

Laiseley Parat, Conseillère municipale des Abymes est venu en complément présenter la contractualisation effectuée entre sa ville et la Banque des Territoires. Faisant état des infrastructures existantes et des services manquants. La ville des Abymes est en outre lauréate de l’appel à projets « Réinventons nos cœurs de ville ».


Selon Bruno Arbouet, Directeur général d’Action Logement : « on peut se demander pourquoi les partenaires sociaux se retrouvent à financer une initiative publique. Cela vient du fait que nos relais de terrain nous ont fait remonter le manque d’habitation de qualité pour les salariés de villes moyennes, avec des conséquences néfastes pour la compétitivité des entreprises. A travers cette opération, nous avons innové dans la mesure où l’ANAH finance l’ingénierie, tandis que nous intervenons ensuite -à hauteur d’1 milliards d’€- sur la rénovation, la réhabilitation, de l’acquisition et de la transformation de biens. Dans ce travail collaboratif, les rôles sont correctement répartis et articulés. Pour être davantage efficace, il nous faut travailler avec des porteurs de projets qui peuvent être des bailleurs sociaux, des offices publics, des ESH, … Mais cela peut être aussi des investisseurs privés » .

— Téléchargez la Boite à outils « Rénovation de l’habitat dégradé »
et d’autres documents sur ce site

— De nombreux autres documents relatifs au programme
« Action Cœur de ville » sont à retrouver ici

Sébastien Fagnen, Maire délégué de Cherbourg-Octeville, a effectué un diagnostic des opportunités commerciales de sa commune balnéaire. « Les commerces sont fermés sur le temps du midi, alors que notre ville attire un grand flux de touristes journaliers qui pourraient consommer entre 12h et 14h. Nous essayons de faire évoluer cela sans pour autant brusquer les commerçants, mais plutôt en adoptant auprès d’eux un langage et des enjeux commun, … tout en développant des solutions concrètes sur d’autres aspects comme le fait d’effectuer des regroupements d’entrepreneurs complémentaires (qui pour certains n’auraient pas pu se lancer seul), en ouvrant des boutiques à l’essai, en valorisant l’axe patrimonial, …

Un observatoire du commerce et de l’artisanat va également être créé en lien avec les chambres consulaires (CCI & Chambre de Commerce et d’Artisanat en tête). Il permettra notamment d’étudier les montants des loyers, l’état des locaux, la pyramide des âges des gérants, … Il nous donnera une vue plus large et exhaustive pour déployer des politiques publiques en adéquation avec la réalité de notre centre-ville, notamment pour favoriser la transmission d’entreprise ».


Vincent Léonie, Maire adjoint de Limoges, nous a expliqué en quoi sa municipalité a décidé d’être simultanément active sur plusieurs fronts. « Que ce soit en rénovant l’habitat et les façades, en embellissant le cœur de ville, par l’accompagnement commercial avec la création d’une pépinière, par la refondation de notre plan local d’urbanisme ainsi que celui de l’habitat dans l’optique de rééquilibrer périphérie et ville-centre. Tous les projets passent par la consultation de la population et des aménageurs privés grâce à l’instauration d’une charte d’aménagement urbain. Personne n’impose son seul intérêt ; le but d’où que provienne la demande est que le résultat soit valorisant pour tous […]

Quand un porteur de projet conséquent nous sollicite on le reçoit lors d’un tour de table auquel participe soit la personne chargée de la politique de la ville et de l’habitat, l’adjoint au commerce et à l’artisanat, l’adjoint à l’urbanisme, l’architecte des bâtiments de France, le CAU, les services techniques, … afin de voir comment ce projet peut s’insérer dans l’existant, s’il est pertinent pour la ville, …

Nous innovons aussi au niveau du PLU pour que celui-ci ne soit pas strictement contraignant mais davantage axé sur une forme de subjectivité ; orientée vers l’intérêt et pas sur des règles stricto sensu ».

Claude Risac, Directeur des relations extérieures du Groupe Casino, a mis en avant les innovations proposées par ce groupe spécialisé en commerce de proximité. « Nous mettons notamment en place des ouvertures automatiques, des modes de livraison tels que le jeter-de-caddie la livraison à pied, en H+1, de nuit (certifiée anti-bruit) ou en J+1, des points de recyclage, des consignes à bouteilles plastiques, des services annexes, … Nous avons la capacité à nous adapter en fonction des surfaces disponibles mais déplorons juste la complexité de certains baux mis en place par les bailleurs qui obligent nos franchisés à s’engager sur des prix et des durées surévalués ».


Geneviève Pedeutour, Adjointe au Maire de Pau, est revenue sur la rénovation des halles « pour laquelle la Caisse des Dépôts nous a consenti un prêt de 16 millions d’€ sur 20 ans à taux zéro. Un espace culturel et associatif va être relié aux Halles, qui seront elles-mêmes reliées aux futures Galeries Lafayette rénovées » .

Charles Locquet, Vice-président dédié au commerce à la Communauté d’agglomération du Beauvaisis a expliqué pourquoi sa collectivité est « entrée dans une optique marketing pour savoir notamment quel est le profil d’un consommateur du centre-ville. Nous avons créé un véritable centre commercial de centre-ville dont la vocation était d’être un pôle de centralité. Car les consommateurs nous avaient stipulés n’avoir pas jusqu’alors de raisons suffisantes pour se rendre dans l’hyper-centre. Dans cette même logique, une halle gourmande est à l’étude […]
Nous avons opté pour une méthode de la carotte et du bâton en inscrivant au PLU un système de taxe commerciale à l’encontre des commerces vacants. Celui-ci s’est accompagné de la création d’un observatoire des locaux commerciaux –lauréat des Défis Urbains 2019 dans la catégorie Stratégie commerciale– qui s’avère être un indicateur précieux pour connaître puis négocier le prix d’un local auprès du propriétaire. Dans les semaines à venir, nous allons lancer les sites web « local cherche commerce / enseigne cherche commerce / … » pour rapprocher les offreurs et les demandeurs d’espaces immobiliers dans lesquels investir.


François Lefebvre, adjoint au maire à la Ville de Dieppe, a fait un point d’étape sur la convention cadre et la convention ORT (Opération de Revitalisation de Territoire) signées par son intercommunalité et qui ont donné lieu à 51 actions sur son tissu urbain. Ces opérations actuellement en déploiement, principalement autour de la réhabilitation de logement. « Action Logement a abondé le financement de plusieurs petites opérations ». L’enjeu était la réappropriation du centre-ville avec notamment l’installation d’un multiplexe financé par la Banque des Territoires. « Sans le dispositif Cœur de ville ce projet aurait mis beaucoup plus de temps à voir le jour et ne serait même peut-être jamais sorti de terre. Tout comme l’expérimentation d’une navette électrique a ainsi pu être pérennisée ». Rollon Mouchel-Blaisot , Préfet et Directeur du programme « Action Cœur de Ville » profita de cette intervention pour rebondir sur l’importance de disposer de lieux culturels, de services administratifs et de professions libérales dans les cœurs de ville.

Danielle Juban, Vice-présidente de Dijon Métropole s’est faite la porte-parole des territoires métropolitains se félicitant que certaines d’entres-elles soient associées à ce dispositif « cela participe à la cohésion du territoire ».


Eric Houlley, Vice-président de la Région Bourgogne Franche-Comté considère lui ce dispositif comme incomplet « en raison de la disparition dans les petites villes de nombreux services publics, sacrifié sur l’hôtel des restructurations des services étatiques. Même si la signature de convention avec l’Etat est venue rééquilibrer tout cela ».



Philippe Laurent, Maire de Sceaux et Conseiller Régional Ile-de-France s’est félicité de l’évolution qui s’est opéré durant ces 15 dernières années, de la mobilisation très forte des équipes municipales, et de leur administration « parce que le centre-ville ce n’est pas que le commerce ; c’est une alchimie plus large ». […] Il y a une décennie, quand on parlait de permettre aux collectivités d’acheter non-pas le fonds de commerce mais d’investir dans les murs cela semblait impensable aux yeux des fédérations du commerce. Aujourd’hui, ils ont bien compris que c’est la clé pour maîtriser la diversité commerciale. Pour cela il nous faut des outils tels que des foncières et des moyens financiers spécifiques.


Elisabeth Del Genini, Conseillère régionale Grand Est déléguée aux villes moyennes, référente Action Cœur de Ville et maire adjointe d’Epinal a mis en évidence l’équilibre des territoires initié par Action Cœur de Ville « les rôles sont correctement répartis et articulés, et ceci est possible car l’accompagnement des villes moyennes est sur-mesure dans le cadre de projets globaux ». Un réseau des villes moyennes a ainsi vu le jour dans notre Région. Il comprend également des villes moyennes non-retenues par le dispositif « Action Cœur de Ville » et vise, à travers des séminaires, à mutualiser les bonnes pratiques sur des sujets tels que l’habitat, le commerce et le numérique. Notre Région lui octroie également des moyens en termes d’ingénierie et de financement. Un EPF à l’échelle du Grand Est est aussi en prévision » .





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