Quand la culture nous (r)apporte… déjà une belle soirée !

Très belle affiche pour ce 34ème atelier du CAC33 organisé le 16 juin –sur le thème Art, Culture et Architecture versus business– en présence des artistes Jofo et Philippe Meyer ; l’Atelier d’architecture King Kong représenté par Frédéric Néau, Gloria Jensen du CAPC musée et Sébastien Carnac d’Aquitaine Culture.

par Claire Goutines, rédactrice.

 

 

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Après une brève introduction, Jérémy Abdilla, Vice-Président du CAC33 et organisateur de la soirée, a laissé la parole à Nicolas Chabrier, responsable de la commission Com & Culture de l’Apacom (partenaire de cet évènement), qui rappelle les enjeux économiques du secteur culturel : « Rappelons-nous que la culture contribue 7 fois plus au PIB que l’industrie automobile. En 2014, elle ne représentait pas moins de 57,8 milliards d’euros pour 670 000 emplois, et 3.2 % du PIB de la France. Pas de doute, la culture c’est vendeur ! »

 

 

Issu d’une formation en ébénisterie, Philippe Meyer (dont vous pouvez retrouver l’interview ici) a choisi de se spécialiser dans la sculpture figurative statuaire et d’opter pour l’Homme comme principal sujet d’étude. La difficulté pour un artiste à tout assumer seul (la création, la commercialisation, la recherche de mécènes et de galeries, relation avec les collectionneurs…) l’amène à comprendre la nécessité pour un artiste à faire appel à un agent. Il recherche en outre volontairement le contact avec d’autres artistes afin « de sortir de sa caverne et s’ouvrir à d’autres domaines », mais aussi avec le public : ce qui l’a conduit récemment à ouvrir sa propre galerie.

 

 

Sébastien Carnac, fondateur d’Aquitaine Culture, une structure de développement culturel et artistique en Aquitaine (œuvrant tout spécifiquement dans le champ des arts vivants) et prônant le rapprochement des mondes économiques et culturels, rebondit sur cette idée : « Chez Aquitaine Culture, nous incitons les artistes à devenir des artistes entrepreneurs, notamment en les formant à cela. Dans le milieu de l’art vivant, nous rencontrons encore de fortes réticences sur cette orientation. »

 

 

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Jofo, artiste pluridisciplinaire (peintre, dessinateur, affichiste, graphiste, vidéaste, auteur et chanteur) reconnait avoir la chance de vivre de son art sans avoir à recourir aux services d’un agent (une question que beaucoup d’artistes se posent afin de ne pas passer eux-mêmes par la case prospection). Un participant révèle que lors d’un sondage réalisé au sein du club des entrepreneurs de Bordeaux, les personnes interrogées ont désigné Jofo comme étant l’artiste le plus représentatif de Bordeaux ! Ses commanditaires sont variés : collectivités, particuliers, entreprises, architectes, … « Je me sens libre d’accepter tous types de commande du moment que ça m’intéresse ».

 

 

 

Pour Philippe Meyer, cette diversification est indispensable pour se renouveler. Il approuve totalement la tendance actuelle de croiser les disciplines artistiques : vidéo, poésie, peinture, collages, art numérique, écriture. « Le fait de partager un atelier à plusieurs est déjà très stimulant. » Jofo, même s’il n’y prend pas part, apprécie également les mouvements collaboratifs qu’il voit émerger. « Les jeunes fonctionnent en réseau, ils coopèrent davantage que nos générations. Ceci leur apporte une force de frappe importante, c’est une bonne chose ».               

 

 

Préjugés des deux côtés 


Etre capable de sortir de sa bulle créative, c’est ce que demandent Gloria Jensen et Sébastien Carnac aux artistes qu’ils accompagnent dans le cadre de leur recherche de mécènes. Tous deux parviennent au même constat : « T
outes les études montrent que l’avantage fiscal n’est absolument pas la motivation première d’un mécène. Les chefs d’entreprise veulent d’abord être utiles, que leur argent serve à quelque chose. Bien sûr, ils souhaitent aussi que cela leur rapporte en termes d’images mais c’est avant tout la relation de confiance entre l’artiste et le mécène qui est importante et créatrice de valeur ». Mais avant la confiance, il faut souvent combattre les préjugés des uns vis-à-vis des autres : entre l’artiste éloigné des préoccupations économiques et l’entrepreneur dénué de tout sens culturel …    

 

 

Gloria Jensen est responsable mécénat et partenariat au CAPC, musée d’art contemporain de Bordeaux. Elle organise régulièrement des rencontres entre mécènes et artistes lors des expositions au CAPC musée. « Rien ne vaut la parole de l’artiste qui explique sa démarche en direct, devant ses œuvres. Les mécènes ressortent alors totalement convaincus et ont envie de prolonger leur soutien. » Sébastien Carnac renchérit : « Personne n’a envie d’être considéré comme un simple portefeuille. La défiscalisation, c’est la cerise sur le gâteau. Ça ne détermine pas le fait de donner mais seulement le montant du don ».  A tel point que seuls 40% des donneurs réclament leur reçu fiscal !          

 

 

 

 

 

 

Les participants soulignent également l’importance du mécénat non financier : apport de compétence, de technologies, de matières premières, de matériel, prêt d’un local ou prestations de services… l’aide peut prend bien des formes, comme l’évoqua Gloria au cours de cette interview (question 3).

 

 

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L’architecte est-il un artiste ?

 

A cette question, la réponse de Frédéric Néau est sans ambiguïté : « Non, nous sommes cousins, certainement mais notre modèle économique n’est pas celui d’un artiste même si notre travail a un impact social. » L’atelier King Kong a été retenu pour la future gare de Vitry Centre pour le projet du Grand Paris. Il travaille également sur un projet à Boulogne-sur-Mer. C’est dans cette continuité, et pour profiter de quelques mètres carrés disponibles dans ses locaux, que l’atelier a récemment ouvert son propre lieu d’exposition d’œuvres. Même si l’agence ne cherche pas forcément à se positionner uniquement sur ce créneau.

 

 

Frédéric Néau reconnait que la loi française protège la profession d’architecte, bien plus que dans d’autres pays où les partenariats publics-privés barrent la route à des architectes indépendants. La profession évolue donc positivement, malgré le fait que le métier d’architecte, qui continue d’attirer de nombreux jeunes, ne permet pas forcément à tous de vivre aussi correctement que l’imaginaire collectif ne le laisse penser. Lorsque l’on lui demande son avis sur la Cité du Vin : « Mon avis personnel importe peu, mais son emplacement dans Bordeaux, avec plus au sud la future MECA, permet à la Ville d’avoir deux nouveaux points de repères qui mettent en valeur la courbure de la Garonne. « Il m’importe lorsque je livre un projet que les personnes se projettent dans ce lieu pour y vivre. Mais l’architecte n’est pas responsable de la manière dont le lieu est investi, si son usage s’avère différent de la manière dont il avait pensé par son créateur. L’architecture est un art en situation qui s’intègre obligatoirement dans un environnement préexistant. »

 

 

 

 

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Retrouvez aussi le Storify de cette soirée.

... et rdv en septembre pour notre 35ème Atelier consacré aux « Avancées et mises en œuvre de la réforme de la formation professionnelle ».

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