Décryptage de « Bordeaux l’attractive »

Loïc Vétier est adhérent depuis 8 ans d’Invest in Bordeaux, l’agence de développement économique de Bordeaux Métropole, qui accompagne les entreprises dans leur projet d’implantation, d’extension ou de relocalisation. Il y préside la Commission « Entreprises » depuis septembre 2015. Pour prendre la mesure de ce qui fait le territoire bordelais, ses richesses et ses freins, voici des passages choisis de notre entretien avec lui. Préparez vos questions : vous pourrez les lui poser lors de notre After !

 

 

1. Quel portrait dressez-vous du territoire bordelais sur le plan de l’emploi ?

 

Aujourd’hui, Bordeaux fait preuve d’une attractivité résidentielle qui doit être basculée en attractivité économique. Et si on veut s’assurer d’un maintien de la qualité de vie, d’un point de vue économique, de sécurité, de revenus, de services, ou encore d’activités, cela doit passer par un taux de chômage qui soit faible.

 

Bordeaux, c’est le contraire de Toulouse, qui est plutôt mono-secteur, vivant autour d’Airbus et de ses sous-traitants. Le territoire est maillé par de nombreuses PME/PMI, dans des secteurs d’activités très divers. Il offre de réelles possibilités, mais il y a un problème d’adéquation. J’ai travaillé durant 15 ans en cabinet de recrutement dans la région, et j’ai pu me rendre compte que certaines entreprises avaient des difficultés à recruter parce qu’elles ne le faisaient pas savoir, ou parce que les demandeurs d’emplois n’osaient pas les contacter. Il y a véritablement un problème de mise en relation des personnes.

 

Vivre Bordeaux

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2. Justement, vous préconisez, suite à un travail mené dans le cadre de la commission « Entreprises » d’Invest in Bordeaux, de mettre en place un portail d’informations qui pourrait pallier cette difficulté. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

L’idée de ce portail serait d’agréger à la fois des offres et des informations sur les entreprises qui recrutent, mais aussi de parler de toutes les thématiques qui gravitent autour de l’installation dans la région (logement, mobilité, équipements, enseignement, etc.), afin que les nouveaux  arrivants, mais aussi les habitants actuels, aient accès à un panel très complet de l’économie bordelaise.

Plus spécifiquement sur la question de l’emploi, il y a aujourd’hui des outils performants comme les agrégateurs d’offres. Néanmoins, ils ne sont pas en capacité de détecter le marché caché qui, on le sait, est important à Bordeaux. Leur autre défaut, c’est qu’ils ne développent pas encore assez ce qu’on appelle le «matching », c’est-à-dire la recherche d’une personne qui peut être adaptable sur un poste, grâce à des compétences qu’elle a mises en œuvre dans une activité différente. Or ce matching, nous, nous pouvons le faire, car nous connaissons les besoins des entreprises et s’ils sont récurrents ou non. Via cette plateforme, nous nous proposons de faire les intermédiaires en donnant l’information. Nous pourrions également envisager d’avoir une équipe dédiée de 2-3 personnes qui se chargeraient de faire les « aiguilleurs du ciel », dans une volonté uniquement d’orienter vers les bons interlocuteurs, sans s’immiscer dans les process de recutement.

 

Pour résumer, l’idée n’est pas de faire une liste à la Prévert, mais de présenter qui fait quoi et qui est capable de quoi, pour créer un éco-système favorable, qui joue la transparence. Cela permettrait de voir s’il y a des redondances dans les missions, s’il y a du double emploi, entre les différents acteurs. C’est la proposition d’une offre unique, qui n’existe pas encore en France. Il existe une initiative menée par la Chambre de Commerce de Nice, mais l’outil proposé ne se focalise que sur l’adéquation profil/poste.

 

 

 

3. Est-ce qu’il y a une volonté pour que des entreprises, issues d’un secteur d’activité particulier, s’implantent pour créer une complémentarité sur le territoire ?

 

Depuis 2-3 ans, il y a eu un coup d’accélérateur concernant les entreprises dites du numérique, porté par la dynamique French Tech. Mais il y a aussi des secteurs où, du fait de la rénovation de la ville, l’émergence se fait naturellement. Par exemple, il y a un nombre important de projets annoncés portant sur des implantations de structures hôtelières de luxe. Il existe aussi plein de secteurs déjà implantés mais qui sont finalement peu connus : qui sait qu’à Bordeaux on a des leaders mondiaux dans la santé animale, dans le secteur des bios-techs ? Est-ce qu’on sait que Bordeaux est une des places les plus fortes en France de courtage d’assurance ? C’est également une place forte de l’export et pas que dans le domaine du vin. Plus que la question du domaine d’activité, c’est le nombre d’entreprise qu’il faut développer. Et il y a de la place, il y a du foncier ! Les coûts d’implantation sont bien moindres qu’en région parisienne par exemple.

 

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4. Et quid du niveau des salaires que l’on sait inférieur à d’autres régions dans l’hexagone ?

En effet, en terme de revenus, on reste en-dessous de ce qui est proposé à Toulouse d’à peu près 10 à 15 % ; par rapport à Lyon, on est entre 20 et 25 % ; et on est a minima à 30 % par rapport à certains salaires parisiens. Malgré tout, la situation s’est améliorée depuis quelques années, parce qu’il y a beaucoup de secteurs émergents, des entreprises nouvelles et des cadres qui sont arrivés : cela a fait réfléchir car il y a eu du turn over, les gens voyant de meilleures opportunités pour tenter l’aventure ailleurs. Par conséquent, cela a participé à faire bouger un peu les lignes. Néanmoins, c’est aussi ce qui fait que Bordeaux reste une ville attractive pour les entreprises car les salaires sont plus bas.

 

 

 

5. Pensez-vous que la LGV peut concourir à développer ce nombre d’entreprises ?

Je ne pense pas que cela va faire venir des sièges sociaux de 4 000 personnes. En revanche, elle peut être un accélérateur pour l’implantation de directions régionales ou de directions adjointes. Si on évoque le modèle de Toulouse, il y a eu beaucoup de centres de services partagés, d’entreprises conséquentes qui se sont délocalisées d’Ile de France. Peut-être qu’avec l’arrivée de la LGV, les entrepreneurs vont se rendre compte que ça vaut la peine d’aller installer son entreprise dans la région, parce qu’il y a une main d’œuvre qualifiée, une offre au niveau de la formation qui est variée et de très grande qualité.

 

Lgv Bordeaux

 

 

6. Un conseil pour tout nouvel arrivant souhaitant réussir son intégration ?

 

Il faut être acteur, il ne faut pas être spectateur à Bordeaux. La réussite de chacun, elle n’est que dans son implication dans l’éco-système. Si vous restez à regarder ça de loin, ça va vous glisser dessus et vous ne saisirez rien. Il ne faut pas avoir peur d’aller toquer aux portes. Il faut oser ! Jouer sur la corde sensible, évoquer sa fierté d’être à Bordeaux. Bien sûr il faut qu’elle soit réelle !

 

Le nombre important de réseaux existants démontre qu’il y a une volonté de faire du business entre les gens, l’envie de se rencontrer. Et ça, c’est un point fort lors d’une arrivée à Bordeaux : cela signifie que l’on peut avoir très facilement l’information ; après il faut juste aller chercher la bonne information au bon endroit. D’où l’idée de notre portail. La boucle est bouclée, vertueusement !

 

 

 

Propos recueillis par Florence Charrier-Nicou
Mise en page Jéremy Abdilla

 

 


Loïc Vétier est depuis janvier 2017 le directeur de Booster AcademyCe centre d’entrainement intensif à la vente, situé à Bordeaux, accompagne les salariés, travailleurs indépendants, professions libérales, chefs d’entreprise, pour optimiser et améliorer leur efficacité commerciale.
Il a passé 16 années au sein du groupe Randstad en tant que Manager du cabinet de recrutement Expectra de 2007 à 2016 à Bordeaux, et Responsable d’une division spécialisée de l’Appel médical de 1998 à fin 2006, sur le périmètre de la région Nouvelle Aquitaine. Il a également exercé auparavant des activités commerciales pour le compte d’une entreprise industrielle belge sur le grand Sud-Ouest et dans le secteur du tourisme d’affaires.

 



Découvrez aussi à ce sujet l’interview de Loic Vétier sur France Bleu Gironde :

 



« Le renouveau Bordelais est désormais bien engagé. Mais si la métropole tendance du moment attire autant d’habitants, elle se doit de créer des emplois et s’est fixé pour cela un objectif de 100 000 de plus d’ici à 2030. Elle compte pour se faire sur ses zones d’activités phares, son potentiel numérique et son tissu de TPE artisanales. Une nouvelle & ambitieuse feuille de route ! ».
Découvrez-en plus dans ce supplément éco de Sud-Ouest consacré aux bouleversements économiques en cours sur la métropole :

Lgv économie bordeaux

 

 

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