En route vers une nouvelle économie collaborative

« Entrepreneurs locaux de la consommation participative » : tel est le nom du binôme au sein duquel interviendra François Naud, lors de notre prochain atelier consacré à l’économie collaborative et l’uberisation de la société. Co-fondateur et CEO de co-rider.fr (plateforme de co-voiturage qui met en relation des amateurs de sports de glisse), il répond dès maintenant à quelques questions, au regard de son expérience de startuper.


1. La création de co-rider.fr est-elle une idée dite « disruptive », c’est-à-dire fondée sur la rupture ?

 

François NaudNon, nous ne sommes pas du tout là-dedans. BlaBlacar a vraiment créé le marché, et on est venu s’inscrire dans ce courant mais on s’adresse à une niche particulière, qui a tout pour être séduite par le co-voiturage et le partage. C’est une segmentation avec moins d’utilisateurs potentiels mais tellement plus dynamique qu’elle en devient tout autant intéressante. On est les seuls en France à s’adresser à la communauté glisse en général. D’autres ont eu des initiatives dans des domaines spécifiques comme le surf ou le ski. Je pense notamment à AlloSurf, un site de prévisions météo qui propose aux utilisateurs de communiquer entre eux, de s’organiser pour co-voiturer. De même, « co-riding.com », très proche de notre appellation, offre la possibilité de rejoindre les stations de ski par le biais du co-voiturage. Nous, nous avons vraiment décidé de mettre davantage de moyens, donc il ne s’agit pas d’une innovation de service, mais notre valeur ajoutée vient du fait que l’on s’adresse à une segmentation bien spécifique, avec ses propres codes. C’est plus sûr d’ailleurs de monter un projet et de savoir que cela marche sous une autre forme.

 

2. En quelque sorte vous optimisez l’existant ?

 

Disons que l’on répond à un besoin et à une envie non assouvis que l’on a sentis avec Jérôme et Matthieu* dans le cadre de nos propres habitudes de surfeurs. Quand on surfe ou quand on va skier, on ne va pas au même endroit que dans le cadre d’un co-voiturage classique, on va vers des lieux isolés. Et par exemple aujourd’hui, un trajet « Bordeaux-Lacanau » à 6h du matin, c’est plutôt rare de le trouver sur une plateforme classique. Surtout ce qui nous différencie, c’est que l’on va pratiquer ensemble, on part et on revient ensemble. C’est une différence fondamentale.

Souvent, on cherche à forcer l’innovation mais je pense qu’elle part d’un besoin. Si on n’a pas vraiment ce besoin, il n’y a pas de raison d’innover.

*Jérôme et Matthieu Verten, autres fondateurs de co-rider.fr

 

covoiturage_surf

 

 

3. En quoi vous inscrivez-vous dans ce qu’on appelle « l’uber-économie » ? 

(le fait de rapprocher des particuliers entre eux, voire des entreprises, par le biais de plateformes numériques proposant des services)

 

Nous on se sent très loin d’Uber. On propose juste une relation entre particuliers. On rend service à notre communauté. Notre modèle économique est basé sur la commission de 11% TTC que l’on prélève lorsqu’il y a une transaction financière entre un passager et un conducteur, et sur la rétribution que l’on peut obtenir dans le cadre de négociations avec nos partenaires, comme les écoles de surf ou les stations de ski.

Uber, tout le monde en parle parce que c’est très médiatisé, mais quelqu’un qui fait de l’ubérisation, il ne peut pas en faire son métier, en vivre. Uber fait beaucoup d’argent, du buzz mais ne rend pas service, tout du moins pas à ceux qui sont au volant. Ce n’est pas du social et solidaire, c’est du business ! Et nous on se sent dissociés de ça. L’initiative est différente lorsque tous les utilisateurs s’y retrouvent. Alors je peux tout à fait comprendre que ce soit l’emblème, mais aujourd’hui, en ce qui nous concerne, nous sommes plus proches d’un modèle qui permet aux gens de s’arranger entre eux. D’ailleurs notre plateforme n’est pas basée sur des algorithmes compliqués, ce n’est pas un site intelligent, ce sont les utilisateurs qui le sont. Et d’autre part, cette notion de collaboration est importante car c’est ainsi que nous nous sommes lancés, grâce au crowdfunding*, afin de nous donner la trésorerie nécessaire de départ. Cela a d’ailleurs été un bon indicateur car on n’a pas fait d’étude de marché. Mais c’est par ce biais que l’on a senti qu’il y avait quelque chose à mener car 30% des donateurs étaient des personnes que nous ne connaissions pas.

 * Le crowdfunding ou financement participatif est un moyen de récolter des fonds auprès d’un grand nombre de personnes qui, en investissant des sommes plus ou moins modestes, permettent à l’entreprise ou au particulier de réaliser son projet.

 

4. L’usage du numérique, par le biais de votre plateforme, vous permet-il d’être au plus proche de l’expérience client ?

 

Etre au plus proche non, c’est plutôt donner des solutions pour avoir un retour à une vie avec moins de frustrations. Aujourd’hui, si on sonde la grande majorité des gens, on aimerait tous gagner plus d’argent, mais pas avoir plus de temps. Alors qu’avoir plus de temps peut être bien plus intéressant qu’avoir plus d’argent si on sait quoi faire. Actuellement, on part du principe que notre loisir c’est de consommer. Mais pour nous, le loisir c’est d’avoir une passion qui ne nécessite pas forcément un gros budget. C’est typiquement ce que la culture glisse représente : il suffit d’avoir une planche de surf et après c’est la passion qui prime ! Pour le ski, c’est un peu différent parce que l’accès aux pistes n’est pas gratuit, mais il existe quand même le ski de randonnée qui permet une pratique à moindre coût. Ce qu’on a envie de mettre en place, c’est d’aider les gens à s’adonner aux sports de glisse pour moins cher, quand ils le veulent et avec en plus les bénéfices de la rencontre. C’est ça l’essence de notre projet. Et là on est dans le vrai sens du loisir, pas celui qu’on consomme mais celui qu’on vit.

 

 

 

5. Pensez-vous qu’une entreprise dite « traditionnelle » doit revoir toute son organisation pour s’adapter ou s’associer avec des plateformes de « consommation collaborative », comme l’a fait par exemple la SNCF avec OuiCar ?

 

Ce type d’association est forcément économique car à terme, si le marché fonctionne, les entreprises établies ne peuvent pas se permettre de le laisser passer. Ce ne sont pas vraiment des motivations éthiques. Mais je pense que ce qui peut leur faire du bien, c’est d’aller chercher le modèle réactif de plus petites entités. Il y a toujours un intérêt à aller chercher quelqu’un de différent. Je suis sûr que même nous on pourrait trouver de la valeur à travailler avec la SNCF, dans le cadre du tourisme vers la côte. C’est dans l’intérêt de tout le monde d’aller chercher une association de marque pour une opération ponctuelle ou plus longue.

Plus largement, par rapport à l’histoire de co-rider, on est restés longtemps seuls avec Matthieu et Jérôme à travailler dans notre coin avec des idées bien précises. Et à partir du moment où on a commencé à s’ouvrir au monde ça a boosté notre projet. Nous sommes intimement convaincus qu’il faut absolument être dans cette ambiance dynamique, ouverte pour réussir.

 

Interview réalisée par Florence Charrier-Nicou

 

Logo horizontal co-rider

 

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