Ubérisation, économie collaborative… comment s’y retrouver ?

DSC00345_2000-filiLe 32ème atelier organisé par le CAC33, qui s’est tenu à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Région Nouvelle-Aquitaine section Gironde, portait sur ce thème d’actualité. Une évolution de notre société qui bouscule nombre de modèles et de fonctionnements économiques.

par Claire Goutines, rédactrice.

L’économie dite « collaborative » recouvre à la fois des plateformes d’échange de biens et services entre particuliers, sans recherche de profit, et des plateformes d’offres de services commerciales. Selon le gouvernement, ce marché représente environ 3,5 milliards d’euros en France, et devrait être multiplié par trois d’ici 2018.

Premier constat partagé par tous les intervenants invités par le CAC33 : on ne peut pas dire que Uber, AirBnB, BlablaCar soient des entreprises sociales et solidaires, ni collaboratives, mais plutôt des entreprises capitalistiques basées sur la recherche d’un profit maximal. Elles répondent en revanche à des besoins plébiscités par les consommateurs, c’est d’ailleurs ce qui fait leur succès, et créent ainsi de vrais gisements de valeur pour leur compte. L’ubérisation est caractérisée par une diminution du temps de mise en relation entre le client et le produit, une réponse souple et mobile, court-circuitant les circuits de distribution en recourant largement aux nouvelles technologies.

Ces plateformes organisent une sous-traitance qui chamboule complètement la chaîne de valeur dans un secteur traditionnel. Une pratique connue aujourd’hui sous le terme de « disruption ».


Des acteurs futés et agiles

Comme le soulignent Antoine CHOTARD, Chef de projets Transformation Numérique à Aquitaine Développement Innovation, et Sébastien CHENOT, Directeur adjoint du service économique à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, l’inégalité des charges est flagrante entre l’entreprise traditionnelle et l’ubérisateur : taxes, charges, cotisations sociales, investissement propre, main d’œuvre pas chère et pas forcément qualifiée … Dans un certain domaine, l’innovation ne tuerait-elle pas le business ? Où en est la qualification dans une société quand ce sont les clients eux-mêmes qui jugent de la qualité d’un service réalisé par un professionnel ?

« Oui, c’est une innovation de rupture, admet Antoine Chotard, mais reconnaissons que ces acteurs sont futés, ils font bouger les lignes. Ces entreprises ne sont pas vertueuses, elles créent de la précarité et ne distribuent pas les richesses mais elles ne se posent pas ces questions. Il y a une brèche, elles s’y engouffrent et vont plus vite que les politiques qui essaient de réguler ces marchés. »

Sébastien Chenot rappelle que la force des entreprises artisanales « traditionnelles », c’est leur savoir-faire, un gage de qualité et de sécurité dans le service rendu au consommateur. Mais les artisans doivent s’inspirer de ces nouvelles méthodes : utiliser internet, recueillir des avis favorables de leurs clients, les afficher, améliorer leur visibilité, se regrouper pour être plus fort et mutualiser leurs efforts de communication.

 

Parmi les intervenants, 2 entrepreneurs girondins, soutenus par la Région Aquitaine suite à l’appel à projets lancé en mars sur l’économie collaborative et le numérique : François NAUD, cofondateur de la start-up co-rider.fr et Mathieu ALLOUCHE, cofondateur de l’entreprise shoot4me.

 

Deux exemples d’économie collaborative

Ces 2 créateurs d’entreprise travaillent avec des communautés qualifiées. Ils guident, conseillent, facilitent, et ont beaucoup réfléchi sur la confiance qu’ils souhaitent installer avec leurs utilisateurs, dans un esprit gagnant-gagnant. Co-rider met en relation des passionnés de glisse –principalement surf et ski- pour organiser des covoiturages vers les lieux de pratiques. Plusieurs leviers séduisent les utilisateurs : le partage des frais de route, rencontrer de nouvelles personnes, le fait de pratiquer ensemble une fois sur place avec les « codes » de la glisse. « On ne fait pas un trajet avec un inconnu mais avec quelqu’un qui a la même passion que vous » précise François Naud. « De plus nous établissons des partenariats avec des clubs de ski et autres professionnels du loisirs pour leur permettre de valoriser leur activité auprès de nos clients et de leur faire profiter de bons plans. En définitive, notre démarche est complément axée sur les 3 piliers du développement durable : l’écologique (partage d’un véhicule), l’économique (tarif du trajet divisé par le nombre de passagers) et le social (rencontres et échanges entre utilisateurs et avec les professionnels locaux du secteur). »

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Shoot 4 Me organise le contact entre photographes amateurs ou professionnels et ceux qui cherchent des images (acteurs du tourisme, agences de communication, blogueurs…). A la différence des banques d’images standardisées, Shoot4Me tient à ce que la rémunération versée au propriétaire de l’image soit correcte – se démarquant ainsi de la logique du moins-disant des grosses photothèques– et que la recherche soit qualifiée, non par un robot, mais par un interlocuteur réel. Ainsi le montant moyen d’achat d’une photo sur cette plateforme atteint une centaine d’euros, intégralement reversée au photographe… tandis que les banques de données d’images prennent généralement une commission de 70% sur des photos vendues quelques euros. « Nous contribuons en plus à l’emploi local en permettant à des photographes du coin de remporter des contrats.»

 

Adapter la législation

Troisième binôme d’intervenants de la soirée, Ronan RAFFRAY – Professeur de droit privé à l’Université de Bordeaux et Emmanuel MATT, qui anime régulièrement des conférences sur le Numérique et le Collaboratif. A la question « est-ce la fin du salariat tel que nous le connaissons ? », ils répondent tous les deux en souriant qu’ils n’en savent rien ! Mais force est de constater que la mutation est là et que ces nouveaux modèles posent la question de la couverture sociale, des droits à la retraite, d’une activité couverte ou non par les assurances professionnelles, d’une certaine déprofessionnalisation des individus via la possibilité d’exercer des tâches sans posséder la formation ou le diplôme requis. Toujours est-il que ces plateformes, notamment celles de jobbing (mise en relation des particuliers qui demandent ou proposent des services), offrent une alternative appréciable à ceux qui ont besoin de compléter leurs revenus, voire même de trouver du travail. Un participant à la soirée souligne la difficulté pour les + de 50 ans de trouver des missions ; ces plateformes se relèvent alors comme étant une opportunité non négligeable.

3 entreprises de livraisons de repas à vélos (Deliveroo, Take Eat Easy et AlloResto) recrutent d’ailleurs en ce moment chacune à Bordeaux plus de 300 coursiers pour des missions, sous régime autoentrepreneur, payé à la course (6€ quel que soit le trajet).

 

DSC00350_2000-filiRonan Raffray rappelle que le gouvernement a confié à Pascal Terrasse, député de l’Ardèche, une mission sur l’économie collaborative, pour conduire les pouvoirs publics à repenser une partie des règles économiques, fiscales et sociales. Les conclusions de sa mission, attendues en février, devront nourrir les prochains textes législatifs sur le travail et les nouvelles opportunités économiques.

 

Découvrez également les photos de cette soirée et notamment des Scketch Notes réalisée par les étudiantes de l’IUT MMI (Métiers du multimédia et de l’Internet) en partenariat avec notre intervenante Tiana Castelneau. Merci à elles et à nos 6 intervenants.

 

Rdv le 30 Mars pour notre 33ème Atelier consacré aux différentes formes de financement.

  1. En attendant notre prochain rdv, redécouvrez les interviews de 3 de nos intervenants de ce 32ème atelier :

    Sébastien Chenot, directeur adjoint au service économique de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Région Aquitaine = http://cacgironde.fr/uberisation-economie-collaborative
    François Naud, co-fondateur et CEO de co-rider.fr = http://cacgironde.fr/covoiturage-co-rider-economie-collaborative
    Frédéric Petit, dirigeant fondateur d’Elise Atlantique = http://cacgironde.fr/nouvelle-economie-collaborative-participative

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