Les financements non bancaires

Agrégé d’Economie Gestion, Jean-Etienne Palard est Maître de conférences en Finance à l’IAE de Bordeaux. Il est intervenu lors du dernier atelier du CAC33 auprès de Philippe Gaboriau de Happy Capital autour des nouveaux leviers de financement. Il revient avec nous sur certains points abordés lors de son intervention.

jean Etienne PLARD intervient sur les financements non bancaires

Jean-Etienne PALARD, agrégé d’économie

 

Il existe aujourd’hui, une multitude de financements non bancaires
(fonds d’investissement; fonds publics, Business Angels, Microcrédit, Crowdfunding…).
Comment distinguer toutes ces propositions ?

 

Nous sommes actuellement confrontés à un véritable paradoxe, lié au fonctionnement des banques en lien avec la Banque Centrale Européenne (BCE). Il n’y a jamais eu autant de liquidité sur le marché et pourtant … Et pourtant les outils utilisés par la BCE pour relancer l‘économie et financer les entreprises semblent éloignés de ce que vivent les chefs d’entreprise au quotidien.

 

On observe la création de nouveaux « véhicules de financement », certains  d’ailleurs sont proposés par les banques. Toutefois la première question que doit se poser un porteur de projet est «  que dois-je financer ? ». Ce qui revient alors à définir la taille de son projet.

 

Si mon besoin se situe entre 10 et 20 000€, le microcrédit, les subventions type ADEME ou les prêts d’honneurs peuvent suffire. Ces possibilités intéresseront nombre de PME.

 

Si mon projet nécessite un financement entre 20 000€ et 200 000€, il sera opportun de faire appel à de la « love money », c’est-à-dire solliciter son entourage. Cette première mise de fonds pourra servir de catalyseur pour inscrire son projet sur une plateforme de financement participatif. Ces plateformes interviennent selon la nature du projet en don, en prêt ou en apport en capital. De la même manière, une levée de fonds via une plateforme pourra susciter l’appétit d’une Business Angel. Il s’agit là d’un regroupement d’investisseurs privés.

 

Les plus gros projets intéresseront les fonds d’investissement (ex : ARDIAN, l’un ds plus gros fonds français). Ils sont eux aussi composés d’investisseurs privés, particuliers ou entreprises (ex : filiales de banques). Ils participent à l’évolution de l’entreprise en entrant au capital, peuvent conseiller le chef d’entreprise dans sa gestion, ou intervenir dans la vie de l’entreprise selon l’importance de leur participation (Cf. le site de l’AFIC).

 

Qu’elles sont selon vous les pièces ou qualités indispensables
à présenter à un emprunteur ?

 
L’emprunteur doit avant tout être en mesure de fournir tous les documents prouvant l’existence juridique de son entreprise (siren, rib…) ;

Ensuite il convient de bien définir son besoin :

  • Est-ce un investissement ou un besoin de trésorerie?
  • Son besoin est-il sur du long ou du court terme ?

Enfin s’agit-il de financer de l’immatériel ou du conventionnel ?

 

Si le projet porte sur de l’immatériel (site internet, logiciel, brevet, dépenses de R&D,…), c’est de fonds propres ou de quasi-fonds propres dont l’entreprise a besoin. Dans la plupart des cas, le financement ne proviendra pas des circuits traditionnels mais des exemples cités plus haut. La qualité indispensable de l’emprunteur sera alors de bien communiquer sur son projet, sa motivation et la qualité de son équipe mais aussi sur l’évolution de son entreprise et sa capacité à monnayer son service (quelques lettres d’intention d’acheteurs potentiels peuvent s’avérer utiles). L’investisseur, dans un premier temps, s’intéressera bien plus à l’équipage qu’au bateau. N’oublions pas que les projets de la nouvelle économie, s’ils répondent à des besoins, en créent bien souvent de nouveaux qui sont par nature bien difficiles à mesurer (ex : Facebook).

 

Pour des projets plus « conventionnels », les besoins intéresseront les banques, le plus souvent avec prise de garantie. Les besoins de trésorerie pourront être couverts par des solutions de crédit plus traditionnelles : avances de trésorerie, escompte commerciale, affacturage, crédit-bail… Charge à l’emprunteur, accompagné de son comptable, de présenter une situation financière de son entreprise.

 

 

Les Lois Macron favorisent le crédit inter-entreprises, par le prêt direct entre fournisseur et client ou en contrôlant plus strictement les délais de paiement. Comment jugez-vous ces mesures ?

 

 

Les fournisseurs sont les premiers financeurs des entreprises par le jeu des délais de paiements. Ce poste représente environ 30% du passif d’un bilan. Les Lois Macron, en permettant le prêt entre entre entreprises, favorisent les financements d’investissement et de besoins d’exploitation. Les conditions du remboursement sont contractualisées. Le prêteur engage son entreprise sans prise de garantie (Cf. contrat type sur le site du ministère).

 

Le contrôle des délais de paiement n’a d’autre but que d’améliorer la trésorerie des entreprises, surtout des plus petites face aux grands donneurs d’ordres. Ces mesures ne peuvent qu’aller dans le bon sens.

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