Innover pour l’emploi : 2 exemples en Gironde

Zoom sur 2 acteurs girondins de l’insertion professionnelle qui bousculent les codes pour aider au retour à l’emploi : Philippe Sigalo, consultant-formateur dans le domaine de l’emploi et responsable du RPIE Gironde puis Ingrid Berghman, fondatrice de la structure d’accompagnement collective Wejob, réservée aux cadres. Retrouvez-les et échangez avec eux lors de l’After « Affaires & Connexions » du CAC33.

 

 

Quel est votre parcours ? Votre expertise ?

J’ai commencé ma vie professionnelle comme recruteur et manager d’équipes dans le secteur du BTP. Je me suis toujours intéressé à la mise en valeur des compétences et des savoir-faire professionnels. J’ai, par la suite, conçu des chantiers d’insertion à supports culturel, particulièrement sur les métiers du spectacle vivant. Durant plusieurs années, j’ai accompagné des publics et dirigé des services dans différentes structures d’insertion et du service public de l’emploi.

 

Je dispose d’une expertise de quinze ans en matière d’accompagnement de publics éloignés de l’emploi et de direction de services/actions d’insertion. Ceci m’a notamment permis d’initier et de piloter différentes actions d’insertion professionnelles innovantes et d’accompagner les porteurs tout au long de leur mise en œuvre. Mes domaines d’expertise sont l’accompagnement des publics, l’ingénierie de projets, le management d’équipes et la formation.

 

 

En quoi consiste votre activité ?

Je suis consultant-formateur dans le secteur de l’insertion et de l’emploi. J’exerce sur l’ensemble du territoire une activité de conseil auprès des collectivités territoriales, des structures d’insertion ou des entreprises dans cadre de la RSE ou de la Clause d’insertion. Je suis également formateur auprès de personnels de ces mêmes collectivités ainsi que de professionnels de l’insertion et de l’emploi. Je favorise l’intermédiation entre les demandeurs d’emploi et les entreprises, en favorisant l’émergence d’actions innovantes destinées aux personnes exclues du marché du travail ou de la formation. Je fédère les collectivités, les entreprises, les acteurs locaux en vue d’impulser et de pérenniser des dynamiques créatives permettant le retour à l’emploi durable.

 

L’assistance à la maîtrise d’ouvrage, qui est l’une des facettes de mon métier, se définit par un rôle de conseil et de proposition auprès de donneurs d’ordre, le plus souvent pour des collectivités territoriales ou l’Etat.

 

Mes fonctions actuelles m’amènent à former des professionnels de l’insertion et de l’emploi, mais aussi à conseiller des responsables de services d’insertion de collectivités en imaginant des solutions innovantes avec eux. La diversité de mes missions est particulièrement stimulante. Les questions de qualification et de formation, de valorisation des savoir-faire des différents publics en insertion m’ont toujours beaucoup intéressé. C’est une activité dans laquelle les compétences de mon cœur de métier sont valorisées, ce qui n’est pas toujours le cas dans une activité salariée en structure.

 

Comment la situation des personnes en difficulté d’insertion professionnelle a-t-elle évoluée depuis vos débuts ?

 

La question du logement paraît de plus en plus prégnante et constitue un frein souvent difficile à lever compte tenu de l’état du marché et de l’offre du logement d’insertion. C’est un frein important pour l’insertion professionnelle. Par ailleurs, les métiers évoluent beaucoup technologiquement et les entreprises font appel à des personnels de plus en plus qualifiés. C’est un problème pour les publics en insertion qui possèdent souvent des qualifications de premier niveau.

 

Insertion Professionnelle

 

L’emploi salarié va-t-il se raréfier ? Un taux de chômage de 10 % de la population active est-il inéluctable ?

 

Certains le prophétise. Il est difficile de l’affirmer. Dans le secteur bancaire, par exemple, des rapports prévoyaient, il y a quelques années, une forte diminution des emplois en raison de l’informatisation ; pourtant, ils ont augmenté de 25 % en 30 ans. Les modes d’exercice du travail évoluent, pas uniquement par nécessité ou contrainte. Depuis le XIXe siècle, le contrat de travail correspond aux demandes de la production. Il est peut-être temps d’imaginer dans nos organisations actuelles le moyen de valoriser le travail de façon différente. L’emploi, et notamment l’emploi salarié, est un moyen de valoriser l’activité et la production de la valeur économique, mais ce n’est sûrement pas le seul.

Ce qui ne me semble pas acceptable, c’est qu’entre 2004 et 2014, le nombre de personnes pauvres a augmenté d’un million (entre 5 et 8 millions de pauvres selon les différents comptages). C’est une évolution majeure de notre histoire. Le chômage produit de la pauvreté et de l’exclusion sociale ; nos sociétés ne prennent sûrement pas la mesure complète de ce quotidien que vivent beaucoup de personnes. Certains proposent le partage du temps de travail pour favoriser les recrutements. On peut imaginer que d’autres organisations de l’activité dans les entreprises puissent réduire ce taux de chômage.

 

 

En quoi le travail effectué par des acteurs privés et indépendants, comme vous, est-il aussi pertinent et efficace que celui effectué par les opérateurs publics ?

 

Nous sommes complémentaires : les consultants indépendants dont je fais partie, interviennent sur des missions très précises et ponctuelles, pour lesquelles des compétences très techniques et non disponibles en interne sont requises. Il ne faut pas confondre les interventions de conseils externe et de formation avec les missions régulières des services des collectivités. Chacun est dans son rôle. L’idée est d’apporter une vrai plus-value, de proposer et de développer une expertise externe un appui et du conseil, de l’audit, aux professionnels des services.

 

 

Quel est l’échelon ou la collectivité pertinente en matière d’emploi et d’insertion professionnelle ?

La récente loi de décentralisation a reprécisé les compétences des territoires sur ces thèmes : « la Région coordonne, sur son territoire, les actions des intervenants du service public de l’emploi, sous réserve des missions incombant à l’État » et, par ailleurs, « les communes et leurs groupements peuvent concourir au service public de l’emploi ». Il y a, par ailleurs, de bonnes initiatives menées par les communautés de communes ou d’agglomération. L’enjeux est d’adapter ces actions aux différentes spécificités territoriales, notamment en termes de financement. Il faut démultiplier les échanges de bonnes pratiques, même si les différentes têtes de réseaux et fédérations des structures de l’insertion relayent déjà ces actions.

 

RPIE Gironde

 

Qu’est-ce que le RPIE Gironde et quelles y sont vos activités ? Qui sont vos membres et pourquoi y adhérer ?

 

Le Réseau des Professionnels de l’Insertion et de l’Emploi a un an d’existence en Gironde. C’est un réseau créé à Paris, par des professionnels de l’insertion. Le Réseau des Professionnels de l’Emploi et de l’Insertion s’adresse aux conseillers en emploi et insertion socioprofessionnelle, et plus largement aux professionnels de l’accompagnement en poste, ou en transition professionnelle, travaillant dans les différentes structures d’accompagnement : entreprises d’insertion, Pôle Emploi, cabinets de reclassement, chez des prestataires, Missions locales, PLIE, associations, avec tout type de publics : jeunes, seniors, cadres, demandeurs d’emploi de longue durée, personnes en reconversion, entrepreneurs en herbe, etc., mais également aux demandeurs d’emploi souhaitant se reconvertir dans le secteur de l’insertion et de l’emploi et aux étudiants dans le secteur de l’accompagnement socio professionnel.

 

Il s’agit d’ouvrir un espace d’échanges dynamiques sur nos pratiques et les difficultés rencontrées par les professionnels, de mutualiser les savoir-faire et les outils pour promouvoir nos métiers, la professionnalisation et la formation à la méthodologie.
Nous organisons tous les deux mois des rencontres informelles « Apéro contact » et nous proposons également des ateliers et petits déjeuners thématiques. Notre page Facebook « RPIE Gironde » diffuse régulièrement nos informations

 

 

Où en est-on aujourd’hui dans le domaine de l’ESS : est-ce véritablement un secteur porteur d’emploi et d’avenir ? Quel secteur d’activité / métier peuvent en tirer profit ?

 

Aujourd’hui, l’emploi dans l’ESS représente 10,5% du total de l’emploi salarié français (en incluant l’emploi public), soit 2,34 millions de salariés et 23 % de création d’emploi en dix ans. C’est plutôt un secteur dynamique ! On prévoit par exemple la création de 40 000 emploi dans le secteur de la petite enfance et de la dépendance. Aujourd’hui, ce sont les secteurs du social, du sport et des loisirs, ainsi que les activités du secteur financier et des assurances, qui emploient le plus. Quant au secteur de l’insertion professionnelle et sociale, il est largement représenté dans l’ESS. Tous les ans, un emploi sur cinq est créé par les entreprises de l’ESS, soit plus de 100 000 emplois chaque année ! Peu de secteurs en France peuvent se prévaloir de telles perspectives ! Enfin, avec les forts taux de départs à la retraite d’ici 2020, des perspectives de recrutement sont à prévoir.

 

 



Arrivée il y a environ un an à Bordeaux, Ingrid Berghman s’y est vite intégrée en choisissant de joindre l’utile à l’agréable : elle a créée WeJob pour s’insérer professionnellement tout en aidant les autres à le faire ! Elle nous raconte sa réussite :

Ingrid berghman

 

  • Comment et pourquoi est née l’aventure WeJOB ?

WeJOB est né de 2 expériences se télescopant au sein d’une même vie professionnelle  :

– l’une en entreprise, à déployer des méthodes de conduite du changement en collectif et à recruter avec difficulté sur certains métiers.

– l’autre, en recherche d’emploi, suite à une mobilité, avec le sentiment de manquer la majorité des offres d’emploi et de devoir aborder différemment ce changement…

 

Après avoir cherché des appuis, des outils, des contacts… l’idée est née de proposer un service global tant pour les entreprises que les personnes en recherche d’emploi pour les rapprocher. Les besoins des uns et des autres se nourrissent : il s’agit simplement de leur faciliter la tâche.

– WeJOB pendant la recherche d’emploi : c’est un programme collaboratif, avec d’autres personnes en recherche d’emploi, comme au contact des entreprises : rien d’innovant, sauf à se situer dans le domaine de la recherche d’emploi étonnement… une proposition disruptive diront certains !

– WeJOB pour les entreprises, ce sont des prestations de conseil RH et des formations mobilisatrices, pour faciliter l’intégration des bonnes compétences et leur évolution au sein des entreprises.

 

WeJOB_bordeaux

 

  • Comment s’est noué le partenariat avec Pole emploi ? Et le rapprochement avec la Maison pour Rebondir ?

Cette envie d’entreprendre s’est concrétisée par de nombreux contacts dont ceux de COJOB, une association parisienne, mettant en place un programme proche de WeJOB, puis de la Direction de l’Innovation du Pôle Emploi, qui a pris le temps de m’écouter. Le projet les a convaincus de tester le programme auprès des personnes en recherche d’emploi sur 2 régions différentes : Paris et Bordeaux.

 

Le programme étant collectif, il devait être proposé à des personnes recherchant un emploi dans des conditions similaires : pour l’instant, il s’adresse donc aux cadres et jeunes diplômés. Puis, en recherchant des locaux pour nous accueillir au quotidien, la Maison Pour Rebondir, qui met en place différents programmes d’innovation sociale, a proposé de nous héberger. C’est une chance pour nous aujourd’hui et un bel exemple d’entraide. 

 

 

  • Quel est votre point de vue sur la situation de l’emploi à Bordeaux ?

L’emploi à Bordeaux est en légère progression depuis 2016. Une grande place est laissée ceci dit aux offres cachées, en lien avec la taille des entreprises et aux habitudes. Il est en effet plus facile pour beaucoup d’entreprises de faire confiance à une personne qui leur a été recommandée. Le réseau est donc un sujet très important pour faciliter une recherche d’emploi. Enfin, les entreprises bordelaises étant de taille intermédiaire voire des TPE majoritairement, une forte polyvalence peut être attendue sur certains postes

 

Certains secteurs sont porteurs actuellement, comme le numérique, au delà de l’aéronautique, historiquement présent. Cette croissance est liée aux programmes et pépinières dynamiques sur Bordeaux. Mais d’autres secteurs sont très bien placés également, le tourisme, la santé (avec le développement du CHU, l’e-santé), le service à la personne, la construction, notamment. L’augmentation du nombre d’emplois salariés et des créations d’emploi sur la métropole en témoignent !

 

WeJOB_bordeaux_ingrid_berghman

 

 

  • Qu’offre de spécifique votre accompagnement collectif ? En quoi se différencie-t-il de ceux d’autres structures ?

Les associations rendent un service immense aux personnes qu’elles accompagnent, qui ont souvent de multiples questionnements et besoins. L’ampleur du besoin explique aujourd’hui les différents services proposés.

WeJOB intervient dès lors que le projet professionnel de chacun est clair. Les personnes en recherche d’emploi se réunissent chaque jour, pour travailler sur leur recherche et s’entraider, ce qui leur permet d’avancer rapidement. Au delà de proposer des ateliers pour professionnaliser ses recherches, WeJOB propose aux « jobeurs », de participer à différentes conférences, visites, forums pour étendre leur réseau, découvrir d’autres offres, identifier de nouvelles entreprises, …

 

Mais tout simplement aussi, les « WeTeam » permettent de se motiver au quotidien… d’échanger de ses lettres de motivation, de s’entraîner avant les entretiens. Tant de choses qui peuvent manquer à chacun à la maison.

Enfin, WeJOB propose aux « jobeurs » qui le souhaitent de montrer leur dynamique, au travers de missions pro en entreprise. C’est l’occasion pour eux de découvrir un nouveau secteur d’activité parfois, d’orienter leur CV parfois, d’identifier de nouvelles entreprises pouvant les embaucher ensuite ou les recommander.

 

 
  • En quoi consistent vos Missions Pro ? Quels types de missions ont été réalisés jusqu’à maintenant ? Pour quels résultats ? Pourquoi est-il pertinent pour une entreprise de vous confier une mission à mener ?   

Les missions pro sont des missions de bénévolat de compétences réalisées sur un temps court allant jusqu’à un mois, généralement à temps partiel. Des missions ont pu être réalisées pour différents types de secteurs d’activités et compétences en fonction des « jobeurs ». Par exemple, certains ont pu étudier le positionnement d’une entreprise en matière de développement commercial, d’autres analyser la qualité d’un processus d’acquisition d’images pour des caméras thermiques…

Les entreprises qui accueillent des jobeurs s’intéressent à un sujet qu’elles aimeraient développer et qu’elles osent ainsi tester, puis demain, peut-être créer un poste, étudier comment répondre à ce besoin… Elles proposent ce type de mission, parce qu’elles ont elles-mêmes souvent déjà connu ce problème de positionnement dans l’emploi, qu’elles ont envie de s’impliquer pour que la situation évolue et parce que créer des emplois est pour elles synonyme de croissance !

 

WeJOB_bordeaux_berghman

 

  • Quels bilan tirez-vous de vos premiers mois d’activité ?

La demande est forte et les « jobeurs » sont globalement très heureux d’avoir suivi le programme, selon les résultats de l’étude menée actuellement. Certains sont fiers d’avoir trouvé un poste selon des modalités très différentes de leurs habitudes précédentes. Je peux citer par exemple le « like » d’un « jobeur » sur Linked’In l’ayant amené à un poste alors qu’il n’utilisait pas les réseaux sociaux quelques mois auparavant. Un autre « jobeur » a décroché un poste pour un métier pour lequel il n’osait plus candidater, n’ayant jamais de retour…

 

Vendredi dernier, une « jobeuse » m’a appelé suite à une demande d’une entreprise l’ayant reçu en mission, souhaitant lui proposer un poste qu’elle ouvre dans les prochaines semaines. Les « WeTeam », ce sont de belles réussites, mais aussi de belles rencontres et des jobeurs qui forment des sous-groupes par affinité, pour continuer la démarche, tant qu’ils n’ont pas retrouvé d’emploi. C’est une dynamique qui s’étend avec chaque équipe qui débute mensuellement et une communauté qui s’est créée très naturellement en 2016, dépassant WeJOB, elle-même. 

Evidemment, nous ajustons régulièrement notre programme pour qu’il réponde au mieux aux besoins de chacun mais les retours sont tels qu’à chaque hésitation, le phénomène de groupe prend le relais. C’est une magnifique expérience humaine, dont l’enrichissement paraît sans fin ! 

 

  • Vos dates de prochaines réunions d’informations ?

Nous réalisons des réunions d’information tous les 15 jours, il suffit de regarder notre site internet : we-job.com !

 

 


EN RESUME, WeJOB C’EST DONC :

  • Pour les personnes en recherche d’emploi,
    WeJOB propose depuis 2016 des solutions innovantes au service de l’emploi et des ressources humaines. Les WeTEAM, par exemple, permettent à des cadres et jeunes diplômés, de se retrouver quotidiennement durant quelques semaines leur recherche, de professionnaliser leur recherche, d’être actif et compétitif pour se projeter vers leur recrutement !

  • Pour les entreprises,
    WeJOB propose, dans le cadre de ce programme des missions Pro : un service innovant de compétences pluri-disciplinaires, permettant d’étudier un développement possible, un projet, de gérer un pic d’activité, en donnant à un « jobeur » sa chance, étudiant les modalités d’un accompagnement ou d’un recrutement à moyen terme. Une dynamique et un échange gagnant pour tous !

 

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