La formation professionnelle pour cultiver les compétences (bis)

 

Suite à notre 12ème atelier qui s’est déroulé le 12 décembre 2012 et dont le thème portait sur la formation professionnelle, de nombreuses sollicitations sont parvenues à notre invité du jour, Jean-Louis Maurin, Directeur de l’OPCA AGEFOS PME. Fidèle à son leitmotiv, le CAC33 a saisi l’occasion pour organiser le second round en proposant un nouveau rendez-vous le 20 mars dernier dans les nouveaux locaux de la Maison de l’emploi de Bordeaux. Cette conférence, favorisant l’interactivité autour d’un jeu de questions-réponses a permis d’aborder différents points avec un public de curieux, de consultants et de formateurs. En préambule, nous vous invitons à parcourir les synthèses de cet atelier sur notre site.

 

16% des entreprises de moins de 10 salariés demandent des formations (la moyenne nationale est de 10%). La visibilité est difficile car les entreprises ne déclarent pas une seconde formation si elles ont déjà passé un dossier et certaines ne font pas les démarches car c’est trop compliqué. La formation professionnelle, tout un programme dont la compréhension passe, pour notre invité, par des échanges informels comme celui dont vous allez découvrir la restitution dans les lignes suivantes.

 

Un système de formation en cours de réforme.

Depuis 1971, le système de formation est régit par les Accords Nationaux Interprofessionnels (ANI) négociés par les partenaires sociaux. Une réforme va voir le jour prochainement. Elle ne facilite pas le travail des entreprises et des formateurs. En effet, leur action de sensibilisation sur les nouvelles décisions peut faire peur aux entreprises comme ce fut le cas pour le DIF (Droit Individuel à la Formation) qui ne fonctionne pas très bien dans les faits. Chaque réforme ou nouvelle décision vient corriger le système précédent comme ce fut le cas avec la mise en place du DIF portable (pour les demandeurs d’emploi notamment). Le système est encore perfectible puisque les demandes de DIF portable sont encore très éloignées d’un vrai projet professionnel et nécessitent un accompagnement, et ce, même si elles sont à l’initiative de l’individu.

 

Le dispositif prévoit une enveloppe de 9€15 par heure de formation cumulée. Quel acteur de la formation va accepter de prendre en charge une formation en individuel pour ce tarif horaire ? Une formation collective ne semble répondre ni à une attente individuelle ni à une spécificité métier. La formation à distance pourrait apporter une réponse. Cela fonctionne quand les stagiaires se rendent dans des centres physiques avec du personnel pour les accompagner sur les problématiques informatiques. Les français ont du mal à sortir du système classique mais il ne faut pas oublier que la durée et le prix d’une formation sont des moyens pédagogiques qui permettent d’arriver à la compétence attendue !

 

La Préparation Opérationnelle à l’Emploi (POE) et l’Aide Personnalisée de Retour à l’Emploi (APRE) se concurrencent comme un certain nombre de dispositifs mais la POE disparaît en fin d’année. Ces dispositifs accentuent le sentiment de complexité des solutions pour les entreprises et les bénéficiaires ! La loi de 2009 impulse l’obligation de communication des acteurs. Les critères de prise en charge doivent être présentés sur le site ! Cependant il est déjà difficile pour un salarié de savoir qu’elle OPCA gère les droits de son entreprise. Cela dépend en effet des conventions collectives et du métier principal de l’entreprise. À noter que la recherche se fait couramment par le NAF ou le code APE.
Source : le centre d’information pour la liste des OPCA.

 

Un nouveau marché !

Le Compte Individuel de Formation est la nouveauté de cette année. Qui est capable de gérer des comptes de formation ? Il s’agit d’un nouveau marché ! Le DIF induit une logique gagnant-gagnant. Le Compte Individuel de Formation doit préserver cette logique pour ne pas créer des inégalités, et ce, en identifiant des accompagnants pour définir les besoins du futur stagiaire et sélectionner les formations.

 

À la suite de cette introduction la salle a souhaité aborder les points suivants :

 

Quelle(s) réponse(s) au problème de formation des Contrats à Durée Déterminée ?
Le manque de formation en CDD est vécu comme une rupture dans l’employabilité et une faille dans la sécurisation professionnelle.
Le contrat d’avenir vient corriger les difficultés d’accès à la formation dans le cadre d’un CDD. Le contrat d’avenir prévoit en effet l’obligation d’organiser un programme de formation dans les 3 ans du contrat.
Le CIF-CDD qui est peu connu ! Le dernier employeur du salarié en CDD n’est pas impacté par le dispositif car la formation s’organise à la fin du CDD.
Le Dispositif Contrat Sécurisation Professionnelle qui est étendu aux CDD et à l’intérim.

 

Pourquoi l’offre de formation inter-entreprise est-elle pauvre sur Bordeaux ?
L’offre intra-entreprise s’est développée au détriment de l’inter-entreprise. Les OPCA (Organismes Paritaires Collecteurs Agréés) ont un rôle à jouer sur cette question car ils font peu de formations collectives dans le sud-ouest. Ils doivent continuer à apporter une réponse en terme de formation là où elle manque. Cela va dans le sens de la loi de 2009 qui précise que les OPCA ne doivent pas proposer de formations à concurrence déloyale. L’inter-entreprise permet une certaine individualisation car les stagiaires viennent chercher une question précise. L’intra-entreprise permet de se référer à la culture d’entreprise et à ses problématiques.
Les participants ont recensé 2 freins au déploiement de l’offre.
Les leaders nationaux s’adressent à un marché national ; les acteurs locaux n’ont pas la même force marketing avec un marché local.
Les OPCA doivent avoir les moyens de faire la gestion administrative des formations, les enregistrements de bordereaux de formation et la sensibilisation des TPE.

 

Pourquoi la formation est-elle perçue comme un coût et non un investissement en France ?
Les « investisseurs » sont des entreprises qui ne se posent pas la question du coût mais celle du ROI (retour sur investissement) ! Et dans la pratique ce ne sont pas que les grandes ! Dans un processus qualité, on parle d’évaluation : comment prouve-t-on que le système fonctionne ? La sensibilisation à la formation c’est du bon sens ! Pour évaluer après il faut définir les objectifs avant et cette démarche n’est aboutie que dans peu d’entreprises aujourd’hui !

 

De quoi manquons-nous pour développer une relation de proximité ?
L’équipe d’AGEFOS PME Aquitaine, c’est 32 salariés dont 6 personnes dédiées aux TPE avec une personne dédiée aux actions collectives (dans le service à la personne). Il y a des visites d’entreprises, un centre d’appel partagé, des partenariats avec les Clubs d’entreprises et des CCI par exemple (fédération professionnelle, offices de tourisme, …).
Les individus ont des besoins et les dispositifs sont au service des besoins. Mais plus les OPCA communiquent plus ils perdent leur public ; la faute à l’opacité des dispositifs, un discours techno (jargon) et des démarches administratives lourdes …

 

— Par Solène di Paolo, chargée de développement économique, référente TIC, Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Région Aquitaine