RSE : l’entreprise durable #3

La RSE pique votre curiosité ? Préparez vos questions pour les poser lors de notre soirée dédiée à ce sujetKarine Oudot, fondatrice de l’agence KORDD, nous apporte de quoi continuer à alimenter la réflexion avant le jour J.



Karine_Oudot_KORDD1/ Karine, qu’en est-il aujourd’hui selon vous de la prise en compte du développement durable par les entreprises ?

Je constate depuis trois ans une période de crispation. Les entreprises se recentrent sur les fondamentaux de production car leur objectif est de rester dans la course. Elles abordent le développement durable avec un a priori sur le coût, bien souvent avec une approche purement environnementaliste, soit à travers une approche non systémique, alors qu’il pourrait leur apporter des solutions permettant d’accorder performance et responsabilité.

Nous avons admis que nous évoluons dans un monde fini mais il va également falloir admettre que le modèle de productivité n’est plus adapté aux nouvelles contraintes qui en découlent. J’observe que nous sommes dans une phase de transition. Lorsque certaines entreprises essaient d’avoir une démarche innovante et vertueuse, d’autres organisations s’imposent par des pratiques moins respectueuses ou mieux disantes économiquement. C’est un effet transitionnel. Je suis optimiste car on est dans une période qui autorise malgré tout l’expérimentation. Et il faut aider les entreprises à imaginer d’autres modèles, des pratiques différentes, plus responsables.


2/ Quel est pour l’entreprise le point d’entrée dans une démarche RSE ?

Il faut rentrer par les sujets propres à l’entreprise, se calquer sur son mode de fonctionnement sans oublier que son premier objectif est sa durabilité économique. Il s’agit de coller à ses problèmes pour élaborer une démarche RSE concrète. Peu importe que les solutions environnementales, sociales ou économiques qui sont trouvées, soient étiquetées « RSE » car c’est encore pour certaines entreprises un concept théorique qui peut faire peur.

La RSE trouve son sens lorsque la démarche est pragmatique. Dans son fonctionnement général, l’entreprise s’appuie sur des tableaux de bord. Pour la RSE, c’est la même chose : elle doit définir des indicateurs mesurables et quantifiables, qui montrent que les actions mises en place inversent ou font évoluer des tendances. Par exemple, un taux de turn-over élevé peut être un signal : l’entreprise est en situation de se demander par exemple si ses salariés sont bien accompagnés dans leur parcours de formation pour leur permettre une évolution de carrière interne. Il existe des indicateurs forts à prendre en considération pour changer des pratiques.

D’autre part, pour que la démarche soit fructueuse, il est nécessaire d’impliquer les collaborateurs. Le chef d’entreprise doit considérer tous ses salariés comme des contributeurs, chacun à leur niveau, avec leur expérience individuelle et leur vécu dans l’entreprise. Souvent lorsque les changements de pratiques ne sont pas accompagnés et co-élaborés avec les salariés, ils sont moins bien compris et ont du mal à se mettre en place. Nous avons tous une résistance naturelle au changement !


3/ « Réfléchir globalement, agir localement », c’est aussi pour l’entreprise penser son rôle au cœur de son environnement, de son territoire ?

Oui, car les entreprises jouent un rôle important sur le territoire sur lequel elles sont implantées. Elles sont amenées à dialoguer avec d’autres entreprises, les collectivités, les élus, les habitants, les riverains… Ceux que l’on appelle les parties prenantes. Aujourd’hui cette pratique n’est pas commune car l’entreprise reste une entité isolée. On observe dans les territoires engagés dans une démarche TEPOS (Territoires à Energie POSitive)* par exemple que chacun trouve sa place pour contribuer à une économie de ressources naturelles.

Par ailleurs, les sujets de préoccupation liés au développement durable évoluent et sont de plus en plus corrélés à la pauvreté. On ne peut plus faire abstraction de la dimension « inégalité sociale ». Et ce qui est vrai à l’échelle macro l’est aussi à une échelle micro. Cela ne semble donc pas incongru que les entreprises portent leur attention sur ces questions et participent à trouver des solutions, car elles sont des acteurs de leur territoire.

 

*Retrouvez ici les 7 initiatives TEPOS en Aquitaine.



4/ Qu’est-ce qui peut inciter une entreprise à s’engager dans une démarche RSE ?

Je les inviterais à penser à ce que ça ne va pas leur coûter d’anticiper un risque par exemple, ou à l’optimisation de leurs charges en adoptant des pratiques plus responsables telle que l’économie circulaire. Cela peut se traduire par exemple par une économie en termes de « temps homme ». Si elles proposent un environnement de travail où le bien-être a sa place, elles se prémunissent contre des arrêts maladies répétés, des retards ou de l’absentéisme… Autant de problématiques qui ont un coût pour la société. De même, les actions relevant de la politique RSE sont des sources d’économie de charges très pragmatiques lorsqu’elles participent par exemple à diminuer les émissions de GES en agissant sur la baisse de consommation en carburant pour une flotte de véhicules gérée de manière responsable (types de véhicules, modes de conduite, gestion des déplacements).

De plus, c’est une démarche qui peut aussi être source d’opportunité business puisque par définition elle invite à s’ouvrir aux autres, en prenant en considération l’ensemble de ses parties prenantes. S’il est bien mené, la RSE est un sujet d’opportunité de développement pour toute entreprise, quelle que soit sa taille. Imaginer faire autrement, innover, est ce qui crée de la richesse : si une entreprise décide de collecter ses déchets au lieu de les jeter et de les valoriser auprès d’un autre établissement qui y trouve sa matière première, alors elle s’ouvre à de nouveaux marchés.


5/ Quelle est la place de la communication dans la démarche RSE de l’entreprise ?

La communication n’est pas une solution de RSE. Elle arrive à la fin quand le projet a abouti. Il est important que l’entreprise communique à la juste valeur de son engagement et au moment où ce dernier est mesurable, vérifiable.

La façon dont on présente les résultats a également un impact. La communication doit être aussi sincère que l’engagement. Pour ma part, je préfère qu’une organisation reconnaisse les progrès qu’il lui reste à accomplir et qu’elle m’explique comment elle va y arriver, plutôt qu’elle affiche uniquement des conclusions positives. Il serait plus honnête de mon point de vue pour une entreprise utilisant encore 20% de solvants dans ses peintures de mettre en évidence ce chiffre, plutôt que de mettre en avant l’usage de peinture écologique à 80%. Je trouve que la communication sur la RSE est intéressante quand elle met en avant la capacité de l’organisation à s’améliorer.

 

 interview réalisée par Florence Charrier-Nicou


Quelques mots sur Karine Oudot :

En 2008, Karine a fondé l’agence KORDD à Bordeaux. Elle accompagne les organisations dans leur réflexion sur des sujets de développement durable et de RSE, de la réflexion stratégique à la mise en œuvre d’actions. Elle distille de la pédagogie au quotidien pour les amener à évaluer leur engagement et faire émerger des opportunités de progrès. Pour la contacter, cliquez ici.

 


Vous pouvez encore nous rejoindre pour « La Grande Soirée de la RSE  – dans l’entreprise et en dehors : la Responsabilité Sociétale à portée de tous ? », mardi 3 novembre de19h à 22h au nouvel espace de co-working de La Poste Nomade, 39 rue du Château d’Eau à Bordeaux. Vous prendrez ainsi part aux discussions des trois tables suivantes :

> Implanter la RSE dans mon entreprise
> Mon entreprise investie dans la vie de la Cité
> Communication et RSE

Pour vous inscrire, c’est ici.

 

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