Ubérisation et économie collaborative : les divergentes

Entreprise et économie font partie du quotidien de Sébastien Chenot, directeur adjoint au service économique de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Région Aquitaine, section Gironde. Avant sa participation à notre atelier du 2 février prochain, nous lui avons posé quelques questions.

 

1. Selon vous, « uber-économie » et « économie collaborative » sont-elles synonymes ?

 

Pour moi, il ne s’agit pas de la même chose. Ce qu’on appelle uber-économie, qui vient d’Uber – une entité de Google -, c’est tout simplement la mise en relation de l’offre et de la demande, rendue possible par les nouvelles technologies. Elle a été facilitée avec l’arrivée d’Internet, notamment via les plateformes d’achats, ce qui n’est pas nouveau ; mais ce qui l’est plus, c’est l’avancée technologique liée à la mobilité et au haut débit : aujourd’hui, cette offre et cette demande, peuvent être mise en relation n’importe où, n’importe quand, et surtout depuis un smartphone.

Donc ce n’est pas forcément synonyme avec l’économie collaborative ou coopérative, puisque dans ce second cas, on parle d’une mise en commun de moyens afin de créer de la valeur pour le plus grand nombre. Dans le cas d’Uber, typiquement nous ne sommes pas dans cette démarche-là : Uber fait partie d’un grand groupe capitalistique, qui a pour objectif d’engendrer des résultats, sans forcément enrichir ses partenaires. Et les bénéfices réalisés ne sont pas nécessairement réinjectés dans l’économie locale. Prenez à l’inverse le cas d’une coopérative de construction dans le monde artisanal, c’est la création d’une entité qui n’a pas obligatoirement pour objectif de créer des bénéfices, mais qui permet aux membres de cette coopérative par contre de dégager de la valeur.

 

Il y a souvent un amalgame entre ces deux expressions mais je pense qu’il faut bien les dissocier et notamment vis-à-vis des consommateurs. Quand on parle d’économie collaborative, on parle souvent d’économie sociale et solidaire, et Uber ne fait pas dans le social et le solidaire.

 

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2. Avez-vous en tête une initiative concrète du monde de l’artisanat aquitain qui illustre l’économie collaborative ?

 

Je pense tout de go aux entreprises qui font du service à la personne et qui se sont regroupées pour proposer une palette de services complète aux consommateurs. Via une plateforme en ligne, ces derniers peuvent faire appel à un réparateur informatique, et en même temps à une entreprise qui fait du nettoyage par exemple.

La coopération permet d’avoir plus de moyens pour concurrencer des grands groupes et aussi pour développer de nouveaux services. A partir du moment où il y a synergie, où il y a des intérêts, tout est envisageable.

 

3. Est-ce que le modèle « Uber » est établi sur une véritable création de service ou repose sur une réinterprétation de l’existant ?

 

Je pense qu’Uber a exploité une nouvelle forme de technologie pour réinventer un service, tout simplement. Et cette-dernière permet à la fois de réinventer l’existant, tout en créant de nouvelles choses. Dans le domaine de l’alimentaire par exemple, vous avez des bouchers qui proposent à leurs consommateurs d’acheter leurs viandes sur Internet et de venir les retirer directement au « drive » de leurs boucheries. C’est une façon de faire évoluer son métier, tout en offrant une prestation qui n’existait pas auparavant.

 

4. Quels sont les arguments des entreprises artisanales face au phénomène du jobbing* ?

 

L’artisanat doit mettre en avant ses atouts. Les artisans sont des professionnels, diplômés, avec un savoir-faire, et sont garants d’une qualité de produits, d’une qualité de service. Ils s’adaptent aux besoins de leurs clients et les produits ne sont pas formatés.

Par ailleurs, de nombreuses activités artisanales, comme dans les domaines du bâtiment ou de l’alimentaire, sont des activités dites réglementées. Et s’il y a cette réglementation, ce n’est pas pour rien, c’est aussi pour sécuriser les biens et les personnes. Le consommateur doit bien avoir conscience qu’il peut aussi se mettre en danger en ne faisant pas appel à des professionnels, et donc des personnes qui ne savent pas répondre à une certaine technicité. Et en terme de qualité, le résultat n’est pas forcément à la hauteur des espérances. Alors oui, on y oppose souvent l’argument financier, mais bas coût ne rime pas toujours avec qualité.

Et enfin il y a l’aspect relevant de la consommation responsable : les artisans participent à l’enrichissement de l’économie locale. Quand on fait travailler une entreprise dite de proximité, on fait vivre l’économie locale et l’éco-système qu’il y a autour.

*Jobbing : fait de mettre en relation des particuliers qui ont besoin d’un service et d’autres qui possèdent les compétences requises ou le temps pour le réaliser.

 

Interview réalisée par Florence Charrier-Nicou 

 

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En tant qu’entreprises artisanales, vous pouvez faire appel à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat pour différents motifs économiques : accompagnement à la création, l’installation, la transmission de votre entreprise ou encore aide au développement. Vous pouvez dans ce cadre contacter le service économie : economie33@artisanat-aquitaine.fr

 


Vous pouvez encore vous inscrire pour participer à notre atelier en cliquant ici.

Et si vous souhaitez dès maintenant vous familiariser un peu plus avec le thème de cet atelier, nous vous invitons à lire les précédentes interviews de nos intervenants :

> « En route vers une nouvelle économie collaborative », entretien avec François Naud

> « Regard sur une nouvelle économie », entretien avec Frédéric Petit.

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